top of page

Geneviève BEGKOYIAN 

Engagement MSF/HCR/UNICEF

octobre 2026

​

 Qu’est-ce qui vous a conduit, au fil des années, à vous engager avec MSF/HCR/UNICEF ?  

  Issue d’une famille catholique, j'ai été éduquée dans l'esprit de partage, de service, d’ouverture vers les autres, partage que j'ai vécu tout au long de ma jeunesse au sein des Scouts et Guides de France et d'autres activités au sein de l'aumônerie.
Mon choix de faire des études de médecine était une évidence. J'ai toujours voulu être médecin ; très ambitieuse, je voulais être chirurgien-pédiatre et préparais donc l'internat. 


  A l’occasion d'un mariage, j'avais rencontré un médecin arménien qui s'était étonné et m'avait dit « Comment ? Tu es médecin et arménienne, et tu ne fais pas partie des médecins Arméniens de France ??? ». Je lui avais répliqué que, fille d’orphelin réfugié, je n'avais d'arménien que le nom. J'étais tout à fait bretonne, pas encore médecin, simplement interne. Lorsque le tremblement de terre en Arménie a eu lieu, le 8 décembre 1988, je l'ai aussitôt appelé. Dans son désespoir il me disait qu'à Paris, ils créaient SOS Arménie. J'ai donc créé SOS Arménie-Quimper, et j'ai rameuté les scouts, les guides, l'aumônerie, l'hôpital, mes amis à droite et à gauche pour lancer les collectes qui, à la veille de Noël, étaient tout à fait généreuses.


  Le 2 Janvier 1989, j'ai reçu un coup de téléphone qui me disait « Geneviève tu pars demain en Arménie avec Médecins sans frontières ». Je n’avais rien demandé, j'étais surprise, j'ai accepté, je suis partie- le 3 janvier, fête de Ste Geneviève. Et j'ai découvert dès les premiers jours, combien on était tout petit : même si, médecin venue avec une très belle organisation, quelle leçon d'humilité face au courage, à la résistance de ceux qui souffrent et qui essaient de s'en sortir ! J’ai vécu une mission intense, extraordinaire ; je suis rentrée, j'ai passé ma thèse et je suis repartie avec Médecins Sans Frontières. De mission d'urgence en mission d'urgence, de plus en plus importante, j'étais confrontée à d'autres organisations et quand le UNHCR m'a appelée pour un poste clé (coordinatrice des évacuations médicales) à Sarajevo, pendant la guerre de Bosnie, j'ai immédiatement accepté. Quand ensuite la Commission européenne cherchait des Européens au sein des Nations Unies, on est venu me chercher, j’ai accepté. Quand lors de la grande épidémie de fièvre jaune en Afrique de l'Ouest, l’Unicef m'a demandé de les rejoindre dans leur équipe stratégique mondiale, j'ai accepté.


  Je n'ai jamais demandé de mission, parce que je donnais le maximum de ce que je pouvais, j'ai réussi les missions qu'on m'a confiées et n'avais vraiment pas de temps pour regarder ailleurs !  Sans jamais finir une mission, on m’appelait sur un autre front et j’y sautais directement. Au fond de moi, j'ai si peu donné mais tellement reçu. Dans chaque mission il y a eu des moments dramatiques, très durs ; quand on réussissait, c'était tellement beau. De simples moments comme le sourire d'un enfant quand il reçoit un biscuit protéiné, ou sa fierté de porter son petit sac à dos UNICEF pour aller à l’école sous tente alors que tout est détruit autour de lui, la beauté d'une maman dans un camp Ebola, qui au travers du plastique stérile, voit son enfant heureux jouer avec les aides mamans et lui sourire, les larmes de joie d'un papa quand son fils sort du bloc chirurgical et qu'il a été sauvé, tout cela ce sont des moments tellement forts où on n'est rien, mais où Dieu est là. 

​

 Y a-t-il une rencontre ou une situation vécue comme médecin qui reste particulièrement présente pour vous aujourd’hui ?   
 
  Lors du génocide au Rwanda, j'ai reçu Barbara Hendricks, cette grande soprane, ambassadrice de bonne volonté pour le HCR. Lors d'une visite dans le camp de réfugiés, je suis appelée par une collègue parce qu'une maman est en train d'accoucher sous une bâche de plastique à même le sol. Et honnêtement, je n'avais rien : j'étais juste en visite de camp. Je cours vers cette femme, et, je vois les 2 petits pieds qui sont en train de sortir, c'était un siège ! L'horreur totale : le risque était évidemment de perdre l'enfant et de perdre aussi la maman. Et je n'avais rien si ce n'est des gants plastique. J'y suis allée, je me suis agenouillée, Barbara était dans mon dos.
J'ai assisté la maman, j'ai réussi à bien guider le bébé qui est sorti tout doucement. Et quand j'ai pu le mettre sur le ventre de la maman, que tout de suite il est allé vers le sein qu'elle était tellement heureuse …je n'avais rien fait, mais Dieu m'avait permis d'être là. Et Barbara est sortie de la tente où s’étaient attroupées quelques réfugiés.


  Tellement émue, dans le silence, elle a commencé à chanter un « Pie Jesu » absolument magnifique, que j’entends encore. Dieu nous avait permis de sauver l'enfant et la maman. 
 
 
 Qu’est-ce que cet engagement vous a appris sur l’être humain et sur la manière de prendre soin de l’autre ? 
 

  La plus grande et la première leçon est celle que j'ai apprise en Arménie. Si on m'avait fait partir parce que « médecin et Arménienne » alors que je ne l'étais pas, il y avait sur place, autour de moi des médecins Arméniens qui eux avaient tout perdu : leur cabinet était détruit, leur maison détruite, parfois leur famille ensevelie. Ils n'avaient plus rien. 


  Et quand je les ai trouvés, je leur ai spontanément tout de suite dit :« Mais prenez donc ma place dans ce dispensaire sous tente : vous êtes Arménien vous parlez Arménien, vous êtes médecin ». Je leur ai donné tous les médicaments, que je traduisais, je leur ai permis de consulter à nouveau, de reprendre leur position et leur vie de médecin, de pouvoir soigner, de revivre et là, je me suis effacée. En fait c'est l'humilité de regarder l'autre, de s'effacer et le laisser faire, devenir, grandir, réussir et c'est là où on voit la présence de Dieu. 
 
  Quelle place votre foi chrétienne a-t-elle eue dans votre manière de vivre votre métier et vos engagements ? 
 

  Ma foi m'a toujours accompagnée.


  Parfois j'ai douté comme, par exemple, en Afrique du Sud. J'étais postée dans un Homeland - une réserve de Noirs où ils étaient parqués et partaient tous les matins travailler dans les champs de coton des Blancs.


  Puisque j'étais blanche, le premier dimanche les infirmières noires m'avaient dit « va donc à l'église des blancs ». Et je m'étais retrouvée dans une grande église avec un orgue, des chants incroyables, des gens tous très bien habillés, des femmes en mantille, qui s’agenouillaient, priaient, chantaient fort et je n’arrivais pas à prier. J'étais tellement en colère, au fond de moi, j'avais envie de hurler et je demandais à Dieu « où es-tu ? Ceci n'est pas possible ». J'ai quitté la messe je suis rentrée dans le Homeland et là ça chantait à droite, ça chantait à gauche du gospel, ça dansait, je me suis approchée. Tout le dimanche c'était des prières, des invocations des chants des danses une vraie prière du fond du cœur.

​

  Plus tard à SOWETO, je me suis confiée à un Père blanc, et lui ai dit mes doutes et mes questions. Et il m'a répondu : « Geneviève regarde un beau coucher de soleil sur le Homeland, le sourire d'un enfant que tu soignes, ses yeux quand il rit, sa joie quand tu viens le soigner de ses brûlures, Et là simplement remercie Dieu, et dit Merci Jésus. 

​

  Et aussi quelle que soit la mission, les moments les plus durs, je savais que Maman, à Locmariaquer, mettait un cierge à Notre-Dame de Kerdro. J'ai toujours su que Notre-Dame me guidait et priait pour moi.

​

Aujourd’hui, à un moment où une nouvelle étape s’ouvre pour vous, qu’avez-vous envie de poursuivre, de transmettre ou de faire vivre.? 
 
  Aujourd'hui je suis très heureuse d'avoir le temps de ma retraite pour pouvoir le donner notamment vers les jeunes. Je donne des cours à Sciences Po, pour des masters en relations internationales, je leur enseigne la gestion des urgences humanitaires.

​

Je fais aussi partie de l’association « Ensemble avec Marie » qui prône le dialogue inter- religieux. En binôme (un musulman et un chrétien) nous discutons fraternité et pardon dans des classes où les jeunes sont si heureux de pouvoir enfin parler ou poser des questions sans être jugés, mais où on écoute l'autre, on respecte sa foi, et on reconnaît nos points communs. 

​

Je donne de mon temps à Unicef France pour animer des ateliers des conférences et transmettre aux jeunes dans toute la France la joie de s'engager et la confiance dans le monde qui reste beau. La semaine prochaine, je vais à Lourdes servir comme hospitalière au Rosaire….

​

  Je contribue aussi à St Vincent de Paul, à tenir les café sourire ou participer au cuisine/ maraude. Je suis aussi membre du conseil d ‘administration de l’organisation et aide humanitaire de Matthieu Ricard « Karuna Shechen » au Népal. A Locmariaquer je suis souvent bénévole dans diverses associations, et au sein de la paroisse.


  Pour tout cela je n’avais pas le temps dans mes fonctions. Aujourd’hui je peux, et j’essaie d‘aider dès que j’en ai la possibilité

 

 Quel message ou quelle espérance aimeriez-vous aujourd’hui transmettre aux paroissiens ? 

​

  Où que tu sois tu peux toujours aider, rendre service ou simplement être présent à l’autre, faire un sourire. Toujours être convaincu qu’il y a du bon dans chacun et surtout rester humble. 


  Nous avons une telle chance d’habiter Locmariaquer, gardons notre église et notre cœur ouverts. Réjouis-toi !

   

    Geneviève BEGKOYIAN
 

   

(C) 2024 communication 3 paroisses Crac'h, Locmariaquer, Saint-Philibert

Comité de rédaction : Olivier et Agnès Gaide, Véronique Royère (Crac’h), Dominique Giraud (Locmariaquer), Etienne Semichon (Saint-Philibert), Emmanuel de la Tour (Webmaster)

bottom of page